L’autre histoire des États généraux du Canada français
« Mesure-t-on l’audace qu’il a fallu, et aussi la force de conviction et d’organisation, […] pour lancer le projet de convoquer, en marge de tout appareil officiel, une sorte de parlement national, […] [et] que ce projet soit pris au sérieux par des milliers et des milliers de personnes et que, contre vents et marées, il soit mené à bien? »
- Jean Touron, « Organiser la représentation d’un groupe ethno-national », pp. 169-170
Tristement célèbres dans l’historiographie de la francophonie canadienne, les États généraux de 1967 et de 1969 portent le fardeau symbolique de l’éclatement d’une certaine conception unitaire du Canada français : « les États généraux du Canada français furent […] dans la mémoire collective de ma génération, une grande messe consacrant la mort du Canada français. C’est la référence par excellence qui marque la rupture du Canada français entre le Québec, d’une part, et les francophones hors Québec, d’autre part »1. S’ils devaient marquer l’unité et le consensus des communautés canadiennes-françaises, ils auront plutôt trahi la provincialisation de ces dernières. Le constat de deux logiques politiques potentiellement divergentes y aurait été pour beaucoup2 : augmentation des « droits » garantis par le gouvernement fédéral pour les francophones hors Québec et accroissement des « pouvoirs » autarciques pour le Québec… jusqu’à l’indépendance territoriale pleine et entière d’avec le Canada, et donc du Canada français historique. C’est cette mémoire, teintée d’amertume et de rancune, d’espoirs déçus et de projets incompris, qui demeurera l’unique mémoire des États généraux et qui participera à entériner l’idée d’une insurmontable réconciliation des destins nationaux canadiens-français.

Mais l’histoire des États généraux se limite-t-elle à cette mémoire de la rupture? N’y a-t-il pas dans l’évènement même des États généraux, dans les douloureuses émotions qu’il a suscitées et qu’il persiste à susciter, l’affirmation criante de l’existence d’une même communauté de valeur et de destin, et ce, au-delà de stratégies politiques divergentes qui y ont été adoptées? Si, pour reprendre Joseph-Yvon Thériault, « accepter l’héritage des États généraux, c’est accepter que le destin culturel des francophones hors Québec soit en rupture avec celui du Québec français, qu’il s’y oppose même »3, nous pensons qu’il importe de s’en réapproprier l’histoire afin de nuancer cette mémoire de la rupture et de ne pas oublier ce qu’ont également signifiés les États généraux au plan de l’affirmation du destin collectif d’un peuple.
Retour sur l’histoire d’un sommet national
Convoqués en 1956 par la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec4, les États généraux s’inscrivent à la suite de nombreux autres sommets des élites canadiennes-françaises dont les premiers États généraux de 1874, de 1880 et de 1884 ainsi que les Congrès de la langue française tenus en 1912, en 1937 et en 19525. C’est en 1965, près de dix ans après leur convocation, que les membres du comité provisoire des États généraux, soit le père Richard Arès s.j., François-Albert Angers et Rosaire Morin, jugent que la conjoncture sociopolitique du pays est désormais favorable à un ralliement des élites francophones du pays6.
En effet, les temps sont troubles, au point où la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission Laurendeau-Dunton, 1963- 1971) parle d’« une crise politique et constitutionnelle majeure »7. Pour les Canadiens français, il importe de concrétiser pleinement les promesses du « pacte des deux peuples fondateurs », que contredisent les taux élevés d’assimilation des francophones ainsi que l’apparent amenuisement des droits des francophones hors Québec en matière linguistique, scolaire et juridique8. Afin de réagir à ces menaces qui touchent toutes les communautés canadiennes-françaises, envenimées par « l’infériorité économique et le capital étranger, le déclin du pouvoir politique au sein du Canada, l’américanisation, le factionnalisme politique, les structures sociales contestées et la situation constitutionnelle minoritaire »9, les États généraux se donnent pour mission d’être « un catalyseur, un instrument pour galvaniser la nation10; un grand consensus d’opinion canadienne-française sur les questions constitutionnelles11; un nouveau mécanisme de participation des citoyens et d’harmonisation des points de vues; une consultation populaire et un dialogue, un effort de réflexion collective pour devenir conscient des réalités de notre situation; un vaste forum des éléments représentatifs de la nation canadienne-française pour trouver le plus grand dénominateur commun12. »
Ce terrain d’entente, les organisateurs des États généraux vont le chercher en conviant près de 1 680 délégués canadiens-français13 des quatre coins du pays. Nommés dans leurs régions respectives de manière à garantir leur caractère représentatif, les délégués canadiens-français sont répartis, en 1967, en trois catégories : a) les délégués des comtés québécois, élus par les associations de chaque comté, pour un total de 1 080 délégués potentiels; b) les délégués des francophones hors Québec, dont le nombre par province variera en fonction du poids démographique des francophones de chaque province, comptent pour 425 délégués potentiels; c) les délégués des entreprises et des grandes associations québécoises, dont le nombre est fixé à 175 potentiels, nommés par les associations14. Au final, ce n’est pas moins de 364 délégués hors Québec qui se présenteront aux États généraux de 1967, pour un total de 1 606 délégués canadiens français15, répartis en quatre régions de vote : le Québec, l’Ouest canadien, l’Acadie et l’Ontario. Leur nombre est impressionnant : à titre comparatif, le Parlement canadien abrite 301 députés, soit moins du cinquième du nombre total des délégués présents aux États généraux de 1967.
Aux sources d’une discorde
En tout et pour tout, quinze résolutions seront soumises au vote. Elles traiteront, notamment, du « statut de la langue française », de la « radio et la radiodiffusion », de la « législation sur le travail », de la « sécurité sociale et la santé », de la « famille et la politique familiale », thèmes qui reflètent déjà, en quelque sorte, les préoccupations étatistes et administratives des élites canadiennes-françaises. Toutes les résolutions sont tour à tour élaborées, présentées, étudiées puis révisées par de nombreux comités et ateliers de travail avant d’être soumises au vote des délégués. Également par souci de représentativité, et malgré le nombre très élevé de délégués, toute résolution devait, pour être adoptée, être soutenue par le deux tiers des délégués de chacune des quatre régions : encore une fois, à titre comparatif, rappelons qu’il suffit de la majorité simple au Parlement canadien pour qu’un projet de loi soit adopté. Parmi ces quinze résolutions, seulement deux, portant sur « l’intensification des échanges entre Canadiens français » et sur « le droit à l’autogestion de la recherche et de l’éducation » dans chaque province du Canada, obtiendront ces appuis, ce qui témoignera pour plusieurs acteurs de l’époque des limites apparentes des affinités entre francophones au Canada.
L’une des résolutions, intitulée « Déclaration préliminaire sur le droit à l’autodétermination », aura un poids symbolique et historique plus considérable que les autres, et en viendra même à représenter la cause de la rupture entre francophones au pays. Elle stipulera, en trois temps que, a) « les Canadiens-Français [sic] constituent une nation », que b) « le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation » et que, par conséquent, c) « la nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre. »16 Pour maints intervenants de l’extérieur du Québec, cette résolution aurait fait l’effet d’un blanc-seing remis aux indépendantistes québécois : elle ne sera adoptée à majorité que par les délégués du Québec, et ce, à hauteur de 98 %17. Cet apparent unanimisme des Québécois, et l’apparent rejet en bloc des francophones hors Québec, symbolisera les profondes divergences quant aux avenues et stratégies nationales des communautés canadiennes-françaises.
Surtout, cette résolution sur l’autodétermination, combinée à d’autres facteurs, donnera l’impression à maints acteurs présents que les États généraux du Canada français étaient véritablement les États généraux du Québec : on jugera que le contenu des résolutions, la proportion de délégués par région, leur segmentation en quatre régions, la division de la présentation des résolutions selon leurs implications pour le Québec, d’une part, et les francophones hors Québec, d’autre part, ainsi que la minorisation des Canadiens français dans les divers comités élaborant les résolutions ne visaient, en bref, qu’à marginaliser le vote, le poids et les préoccupations des francophones hors Québec dans une masse de délégués québécois aux velléités indépendantistes.
C’est ainsi que Rhéal Teffaine, délégué de l’Association des juristes d’expression français du Manitoba, résume son expérience des États généraux : « ce jeune délégué canadien-français [que j’étais] a donc subi un double choc : d’abord, celui de constater le manque d’unanimité chez les minoritaires et, ensuite, celui d’entendre intervenant après intervenant écarter la notion même de la nation canadienne-française, pour la remplacer par la nation québécoise. […] les séparatistes ordonnaient aux minoritaires de revenir au foyer ancestral et allaient même jusqu’à leur dire qu’ils n’étaient pas les bienvenus aux assises de la nation québécoise. […] Pour moi, le choc a été marquant. »18
Lors des États généraux de 1969, l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFÉO), organisation porte-parole des Franco-ontariens, ne se présentera pas, et « les francophones hors Québec s’abstien[dront] massivement de voter sur tout ce qui est québécois, ou presque »19. Ce seront les derniers États généraux du Canada français et la dernière mémoire des relations entre les communautés canadiennes-françaises.

Valérie Mandia, Marasme, 2006, Acrylique sur toile, 6’ x 12’, Collection de l’artiste, Gatineau
Les États généraux : apogée et/ou déclin du Canada français?
On aurait pu penser qu’un évènement aussi influent aurait donné lieu à de nombreuses études pour en analyser les tenants et les aboutissants. Pourtant, bien que des « Cahiers des États généraux » comprenant tous le contenu des débats aient été publiés à plus de 50 000 exemplaires20, très peu d’études existent sur les États généraux. Pour le politologue John Trent, ce peu d’intérêt universitaire pour les États généraux s’expliquerait par au moins trois facteurs qu’un élément regroupe : les États généraux se sont inscrits en marge des institutions officielles. Sans mémoire institutionnelle, sans publication gouvernementale, ils ne seraient pas mis à la connaissance des jeunes chercheurs et n’auraient pas constitué l’objet d’étude naturel d’une discipline scientifique : ils tomberaient ainsi dans l’oubli, entre les institutions politiques officielles et la spécialisation disciplinaire. Notons qu’en vertu de tels critères, on peut comprendre en partie le peu d’attention accordée aux autres institutions canadiennes-françaises, dont le propre était d’évoluer en marge du pouvoir officiel. Sans recherches scientifiques, on peut alors craindre que la mémoire des acteurs ne vienne résumer à elle seule l’histoire des États généraux, voire du Canada français.
Plusieurs éléments, que l’on a tendance à négliger, incitent pourtant à nuancer et à reconsidérer la mémoire de la rupture des États généraux. À l’encontre d’une thèse voulant que les États généraux aient été noyautés dès leur conception par l’Ordre de Jean Talon, jugé responsable de la dissolution de l’Ordre de Jacques Cartier et donc potentiellement du Canada français, rappelons que l’importance du temps, des moyens et de la réflexion consacrés à la préparation des États généraux rend très difficile la thèse d’un quelconque « complot » ou « guet-apens ». D’une part, rappelons que les États généraux se sont déroulés à l’instigation du Québec, qui en a assuré l’essentiel des frais d’organisation, de transport et de logement et que leur préparation, en plus de durer plus de deux ans, était prévue et réfléchie depuis plus de dix ans. D’autre part, à l’encontre d’une thèse voulant que les organisateurs aient sur- (ou sous-) représentée la participation de certains intervenants en fonction de leur appui à l’autodétermination du Québec, il faudrait rappeler le souci de représentativité des organisateurs des États généraux, qui feront venir cinq fois plus de délégués qu’au Parlement canadien. Les délégués étaient nommés localement, leur parole étant par le fait diversifiée et difficilement contrôlable, au risque de dissensions internes : difficile d’imaginer, dans ce contexte, qu’on ait pu tenter de prévoir un éventuel appui aux politiques québécoises afin de légitimer, en quelque sorte, les velléités indépendantistes. Les très exigeants critères d’adoption des résolutions semblent témoigner de ce même souci de juste représentativité.
Peut-être, alors, était-ce au contraire une scission nette et claire entre francophones qui était recherchée? N’est-ce pas ce que semblent traduire les résultats de la célèbre résolution sur le droit à l’autodétermination? Pourtant, ce serait oublier qu’en plus de l’adoption de deux résolutions en vertu des critères exigeants, seules trois résolutions sur quinze ont été adoptées par une seule majorité québécoise : autrement dit, en fait, douze des quinze résolutions ont au minimum obtenu l’appui de deux régions canadiennes à majorité simple21. Qui plus est, plusieurs nuances méritent d’être apportées aux célèbres résultats sur l’autodétermination du Québec, censés avoir consacré la rupture. Tout d’abord, l’affirmation d’un « unanimisme » du vote québécois (98 %) serait à modérer considérablement : sur les 1 242 délégués du Québec, seuls 805 étaient en fait présents lors du vote. Autrement dit, 35 % des délégués québécois auront choisi de ne pas se présenter pour ce vote, pourtant de la plus grande importance, absence qui laisse supposer qu’ils avaient quelques réserves sur cette difficile question. D’ailleurs, « les Québécois vont connaître là l’un de leurs résultats les plus bas […] alors que toutes les autres catégories de délégués vont, sur ce scrutin, battre très largement leurs records de participation »22. Aussi, chez les francophones hors Québec, c’est tout de même 35 % des délégués ontariens, 52 % des délégués acadiens et 30 % des délégués de l’Ouest qui répondent « oui » à la résolution sur l’autodétermination. Si l’on ajoute à ces scores les « oui, avec nuances », on obtient, respectivement, 54 % de oui en Ontario, 66 % de oui en Acadie, et 40 % dans l’Ouest canadien23, ce qui témoigne d’une certaine affinité, sinon d’une empathie à l’égard de la cause indépendantiste. Ne peut-on voir dans ces divers faits le signe d’un accord plus important que l’on admet généralement entre les communautés francophones sur la question du Québec?
Ce qui nous semble transparaître des États généraux du Canada français au-delà du vif sentiment de rupture qui est resté dans la mémoire, c’est surtout l’enthousiasme d’un grand nombre de Canadiens français, issus de toutes les associations nationales, pour la participation à un évènement historique où la nation canadienne-française se rassemble pour légiférer sur son destin national. Est-ce que cet enthousiasme premier a fait des déçus? Indubitablement. Mais ces déceptions, bien douloureuses et sincères, sont-elles pour autant suffisantes pour qualifier d’échec les États généraux? Tant par la complexité et la rigueur de leur organisation que par le nombre incomparable de ses participants (quel autre « parlement national » aura eu autant de délégués?) qu’en raison des nombreux points d’entente entre les délégués canadiens-français, il nous semble plutôt que les États généraux méritent une place des plus honorables dans l’histoire nationale des francophones au Canada. À cet égard, tout ce que suppose les États généraux quant aux convergences et aux intentions communes des communautés francophones nous semble pouvoir être résumé par le premier point de cette fameuse « Déclaration préliminaire sur le droit d’autodétermination », lequel point sera par ailleurs accepté par tous, et qui se lit comme suit : « les Canadiens français constituent un peuple de près de six millions d’âmes, possédant en propre une langue, une culture, des institutions, une histoire et un vouloir-vivre collectif. »24 N’est-ce pas là tout un consensus national qu’il ne faudrait pas oublier, au-delà des stratégies politiques, passées et contemporaines?
Références
1 Joseph Yvon Thériault, « Les États généraux et la fin du Canada français », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Marcel Martel et Robert Choquette (dirs.), CRCCF, Université d’Ottawa, 1998, p. 265.
2 Jacques-Yvan Morin, « Les États généraux du Canada français, trente ans après. Entrevue », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op cit., p. 31.
3 Joseph Yvon Thériault, « Les États généraux et la fin du Canada français », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op. cit., p. 269.
4 John Trent, « Les États généraux : quelle est leur place dans la mémoire collective canadienne-française et québécoise? », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op. cit., p. 158.
5 Ibid., pp. 154-155.
6 Rosaire Morin, « Les États généraux du Canada français, 1967-1969 », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op. cit., p. 40.
7 Idem.
8 Ibid., p. 25 et p. 29.
9 John Trent, Op. cit., p. 158.
10 Marcel Frénette, président, Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste, Le Devoir, Montréal, 24 décembre 1963, cité dans John Trent, op. cit., p. 157.
11 Jacques-Yvan Morin, président, États généraux du Canada français, Le Devoir, 10 mars 1966, cité dans John Trent, Op. cit., p. 157.
12 John Trent, Op. cit., p. 158 avise que « toutes les citations précédentes sont tirées de discours inauguraux et de clôture des séances des États généraux; voir publications, note 1. »
13 Il est intéressant de noter que l’on entend par Canadien français une définition tout à la fois large et administrative : « les personnes classées aux recensements comme étant d’origine ethnique française ou les personnes qui ont déclaré avoir comme langue maternelle le français. » Jean Tournon, « Organiser la représentation d’un group ethno-national », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op. cit., p. 198.
14 Rosaire Morin, Op. cit., p. 41.
15 Jacques-Yvan Morin, Op. cit., p. 28.
16 « Déclaration préliminaire sur le droit d’autodétermination », Les États généraux du Canada Français, dans L’Action nationale, vol. LVII, no 6, février 1968, p. 191.
17 Idem.
18 Rhéal Teffaine, « Bilan de ma participation aux États généraux du Canada français trente ans après », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op. cit., p. 108.
19 Jacques Yvan Morin, Op. cit., p. 33.
20 Jean Tournon, « Organiser la représentation d’un groupe ethno-national », dans Les États généraux du Canada français, trente ans après, Op cit., p. 186.
21 Jacques Yvan Morin, Op. cit., p. 31.
22 Jean Tournon, Op. cit., p. 183.
23 « Déclaration préliminaire sur le droit d’autodétermination », Op. cit., p. 191.
24 Idem.
Il serait peut-être plus que temps de relancer l’idée d’un conventum et relancer l’idée de convoquer, en marge de tout appareil officiel, une sorte de parlement national,
Bien votre
réf. http://www.vigile.net/Francophones-hors-Quebec,29627